

Lui, c'est bien sûr ROGER VADIM, et c'est fin 1965 la deuxième fois qu'il dirige le pur-sang américain. La Curée vient après La Ronde, en 1964, et précède Barbarella et un sketch des Histoires extraordinaires où Vadim ne fait vraiment pas le poids face à MALLE et, surtout, au Toby Dammitt de FELLINI. Plus de quarante ans après la sortie de La Curée, on se demande quelle mouche avait piqué le Vadim des sixties, qui ne cessait d'adapter en 35 mm des classiques littéraires ; après Laclos, Schnitzler, Sade, le voilà qui s'attaque à Zola. Jean CAU, prix Goncourt 1961 et ennemi in fine des gauchistes, lui apporte son aide pour ce luxueux produit franco-italien.
Si les cinéphiles des années 2000 peuvent se régaler des airs pop signés Jean-Pierre BOURTAYRE et Jean BOUCHETY, de quelques plans pris dans les rues parisiennes, du chouette vestiaire porté par JANE FONDA (de la culotte chair au manteau du soir, du kilt fantaisie aux bottines courtes) ou des décors très Hôtel particulier avant la lettre, l'ensemble est assez consternant. Eh oui, Peter Mc Enery ne sert à rien en jeune premier décoratif, rôle creux du fils soi-disant sulfureux (pensez : il étudie le russe et le chinois, comble de l'horreur pour un journaliste du Figaro littéraire!) de Saccard, magnat de la bourse joué avec panache par PICCOLI. Le film enchaîne avec lourdeur des scènes vaguement érotiques destinées à faire monter le désir entre Saccard junior et sa trop jolie belle-mère. Erotiques, mais non censurables en 1966 : elles possèdent donc cette saveur elliptique qu'on prisait alors, tissée de transparences, jeux d'ombres et moments bien choisis. La palme va à une étreinte folle filmée en reflet dans une paroi de métal brossé... Bonjour l'effet baraque foraine!
